La finalisation de l’accord de libre-échange avec le MERCOSUR et le vote prochain de l’Assemblée nationale sur celui avec le Canada (CETA) fait peser une menace sérieuse sur nos agriculteurs.  

L’agriculture française connaît de graves difficultés. Pour la première fois depuis 1945, notre balance commerciale agroalimentaire avec l’Union européenne a été déficitaire en 2018. La France a exporté pour 38Mds€ en Europe (21,7Mds€ hors UE), soit une quasi-stabilité sur un an (+2%). Mais nos importations agroalimentaires en provenance de l’UE ont connu une hausse préoccupante de 24% (à 38,4Mds€). Depuis 2000, notre pays est celui ayant perdu le plus de parts de marché à l’international. Nous ne sommes plus que la sixième puissance exportatrice.

Alors que la France était réputée champion agricole mondial, cette nouvelle doit nous faire réagir. L’inquiétude économique rejoint une préoccupation sociale très forte : 66% des agriculteurs vivent avec l’équivalent du SMIC, et 30% gagnent moins de 350€ par mois. 

Ne nous voilons pas la face, l’accord de libre-échange avec le Mercosur, comme celui avec le CETA, est une menace pour notre agriculture

Une menace économique

C’est d’abord une menace économique. Nos agriculteurs vont devoir faire face à une arrivée massive de produits ne respectant que peu de nos normes sanitaires. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : comment les éleveurs bovins pourront-ils résister à l’arrivée de 99 000 tonnes de viande bovine produite à bas coût ? Comment la filière volaille pourra-t-elle subsister alors que 43% des poulets consommés en France sont importés, et que l’accord avec le Mercosur prévoit des importations supplémentaires de 180 000 tonnes ?

Une capitulation environnementale

C’est d’autre part une capitulation environnementale. Les produits utilisés en Amérique du Sud pour soutenir cette agriculture à bas coût sont aujourd’hui interdits en France. Au Brésil, 74% des produits phytosanitaires utilisés sont prohibés en Europe. Nous ne pouvons pas accepter cette absence totale de réciprocité normative. Nos agriculteurs respectent des règles extrêmement contraignantes pour des produits de qualité, nous devons exiger la même réglementation pour les produits importés.

Les deux années d’entrée en vigueur provisoire du CETA ne doivent pas nous faire baisser la garde. Certes, les exportations françaises ont augmenté de 6,6% entre 2017 et 2018 (19% pour les produits laitiers), tandis que celles canadiennes vers la France ont chuté de 6%. Mais ce chiffre, fortement lié aux réalités conjoncturelles, ne doit pas faire oublier que le Canada n’a par exemple utilisé que 2% des quotas prévus par l’accord pour la viande de bœuf, ce qui laisse présager une montée en puissance progressive des échanges.

Un récent rapport sénatorial l’a montré : entre 8 et 12% des denrées alimentaires importées ne respectent pas les normes européennes de production et sont susceptibles de porter atteinte à la sécurité alimentaire de nos concitoyens. Pour l’agriculture biologique, la constatation de non-respect des normes atteint 17% des contrôles. 

Notre agriculture est aujourd’hui à la croisée des chemins

Face à cela, le Parlement français doit absolument se prononcer sur la ratification d’un tel accord. Le Président de la République souhaitait une Europe qui protège, il est temps de passer aux actes, en intégrant dans nos traités commerciaux la même exigence réglementaire en matière environnementale et sanitaire.

Notre agriculture est aujourd’hui à la croisée des chemins. La France demeure une terre d’excellence pour ses productions agricoles : elle est première productrice européenne de viande bovine et de céréales, et première exportatrice mondiale de pommes de terre. Notre pays est deuxième producteur mondial de vin et deuxième producteur européen de lait, de beurre et de fromage. Nous sommes enfin le troisième producteur européen de volailles, de fruits et légumes te de produits chocolatés.

Face aux menaces qui planent sur cette excellence française nous devons nous ressaisir. 

►La montée en gamme de nos produits n’est pas la solution à tous les problèmes, compte-tenu de notre excellent niveau actuel. Il nous faut plutôt reconquérir nos parts de marché par une diversification plus aboutie de nos produits ;

► Notre agriculture doit également anticiper les évolutions mondiales de la demande. La croissance démographique en Asie et en Afrique est porteuse de nouveaux débouchés, sur lesquels la France doit conserver une longueur d’avance ;

► Compte-tenu du poids important des exportations dans le revenu des agriculteurs (environ 25%), il convient de soutenir les aides à l’export, notamment en limitant les charges qui pénalisent la compétitivité de nos produits ;

► Au niveau de l’Union européenne, la France doit défendre une PAC ambitieuse qui préserve le revenu des agriculteurs et soutienne la transition environnementale de leurs pratiques.

Les élections européennes ont montré que les Français ne voulaient plus d’un libéralisme sauvage, donnons-nous les moyens de bâtir une Europe qui protège et valorise à l’international nos réussites !

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Pour en savoir plus, voir le rapport du Sénateur DUPLOMB, fait au nom de la commission des affaires économiques présidée par la Sénatrice PRIMAS, intitulé La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ?