Après avoir reçu un courrier du Président du Collectif de lutte contre la dénutrition me faisant part de ses inquiétudes concernant le thème de la dénutrition en France et sa demande de reconnaissance, j’ai décidé de poser une question écrite à la Ministre des Solidarités et de la Santé sur cette problématique et voici sa réponse. 

 

Question n° 02093 adressée à Mme la ministre des solidarités et de la santé
Publiée le : 23/11/2017
Texte de la question : M. Jean-François Husson attire l’attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé concernant une meilleure prise en charge de la dénutrition, maladie silencieuse qui touche plus de deux millions de personnes en France, dont 800 000 personnes âgées. Le 20 octobre 2017 s’est tenue la première journée d’action contre la dénutrition, sachant que 94 % des Français souhaitent une meilleure prise en charge. Il s’agissait de sensibiliser le plus grand nombre à cette pathologie afin de faire de la dénutrition une priorité de santé publique. En effet, la faim tue mais l’absence de faim aussi, ce qui est intolérable en 2018. Souvent reléguée au rang de symptôme, la dénutrition est un facteur aggravant de la maladie et fréquemment un facteur de comorbidité. Une personne âgée a besoin d’augmenter ses apports nutritionnels pour prévenir au mieux sa dépendance et conserver ses facultés physiques. Dans le cas d’une hospitalisation, la dénutrition retarde la guérison du patient, voire la compromet. Or, 65 % des médecins la jugent actuellement mal dépistée et mal traitée. En dépit de l’ampleur du phénomène et de la gravité de la situation, la dénutrition n’est pas reconnue à ce jour et le système de soin n’est pas à la hauteur du fléau qu’elle représente. En effet, 80 % de la population la perçoit uniquement comme la cause ou la conséquence d’une pathologie. Traiter la dénutrition permet non seulement d’améliorer l’offre de soins globale mais également de limiter certains soins coûteux liés aux complications qu’elle provoque. Il lui demande d’examiner la reconnaissance de la dénutrition comme un enjeu de santé publique de première importance dans la politique de santé à venir, de mettre en œuvre les moyens d’une meilleure prise en charge et de la reconnaître comme une maladie à part entière sachant que les moyens de lutte contre cette pathologie existent et simples à mettre en œuvre. Réponse de Mme la ministre des solidarités et de la santé
À publier le : 22/02/2018, page 852
Texte de la réponse : La dénutrition est une pathologie nutritionnelle fréquente en milieu hospitalier (évaluée de 40 à 60 % selon les services), mais aussi en institution (estimée à 27 %), chez les personnes âgées et dans les populations défavorisées. Elle contribue à la morbidité (par le biais d’une augmentation des durées d’hospitalisation, des désordres immunitaires et des intolérances médicamenteuses), à la mortalité et à l’augmentation des dépenses de santé. La sortie d’hospitalisation d’une personne dénutrie l’expose à un risque élevé de ré-hospitalisation en urgence. La France compterait plus de 2 millions de personnes dénutries en France, dont 800 000 personnes âgées. Il existe très peu de données disponibles sur l’état nutritionnel des personnes âgées, leur consommation alimentaire et leur activité physique. Des outils simples permettent le dépistage de la dénutrition (toise, balance, évolution récente du poids, éventuellement paramètres biologiques, Mini-Nutritional Assessment (MNA) réduit…). Une révision des critères de dénutrition chez l’adulte par la Haute autorité de santé est prévue avant la fin de l’année 2018 en partenariat avec la fédération française de nutrition. L’amélioration de la prévention, du dépistage et de la prise en charge de la dénutrition des personnes âgées d’une part, et de leur statut en calcium et en vitamine D, d’autre part, figurent parmi les objectifs spécifiques du Programme national nutrition santé (PNNS) lancé en 2001. La mesure du PNNS3, centrée sur la prise en charge de la dénutrition, s’est notamment concrétisée par une expérimentation conduite de 2008 à 2011 par huit unités transversales de nutrition clinique (UTNC). Elle a démontré que la mobilisation des professionnels de santé sur un objectif d’amélioration de la politique nutritionnelle en établissement de santé permettait la mise en place de bonnes pratiques du dépistage et de la prise en charge des troubles nutritionnels et en particulier la dénutrition. Une synthèse à l’usage de tous les établissements de santé qui souhaitent renforcer leur politique nutritionnelle ou organiser une activité transversale de nutrition clinique a été diffusée par le ministère chargé de la santé (direction générale de l’offre de soins). Ce guide, disponible sur le site internet du ministère des solidarités et de la santé (http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/synthese_pedagogique_organisation_transversale_nutrition_etablissements_de sante_et_medico-sociaux.pdf) décrit en sept fiches pédagogiques les missions, les indicateurs, les moyens à mettre en œuvre et les pratiques qui sont à promouvoir en région. Par ailleurs, un travail expérimental a été mené en 2013/2014 en Limousin pour sensibiliser les professionnels des établissements médico-sociaux et la population sur la question de la prévention et du dépistage de la dénutrition et des outils pédagogiques ont été créés et distribués. En décembre 2015, trois sociétés savantes : les sociétés françaises de nutrition, de pédiatrie et de nutrition clinique et métabolisme ont été sollicitées par le ministère chargé de la santé pour proposer des parcours de soins pour les maladies de la nutrition notamment pour la dénutrition. Dans le cadre de la stratégie nationale de santé 2018 2022 élaborée par le Gouvernement, il est mentionné que « la prévention et l’accompagnement de la dénutrition et des troubles du comportement alimentaire doivent également être une priorité » et dans le cadre de la prévention de la perte d’autonomie, la stratégie nationale de santé a comme objectif de « promouvoir une alimentation adéquate et une activité physique régulière et adaptée pour limiter les risques de dénutrition ». Suite à une saisine du ministère chargé de la santé sur la mise à jour des repères nutritionnels du PNNS, il est prévu une remise du rapport scientifique de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur l’actualisation des recommandations nutritionnelles du PNNS pour les seniors avant la fin du dernier trimestre 2018. Ce rapport permettra après avis du Haut Conseil de la Santé Publique, l’élaboration par l’agence nationale de santé publique-Santé publique France des repères nutritionnels du PNNS à destination des seniors et de redéployer les stratégies de communication et d’information vers ce groupe spécifique. Le futur programme relatif à la nutrition et à la santé va entrer dans sa phase d’élaboration. La question de la dénutrition pourrait être prise en compte. L’élaboration du nouveau PNNS est prévue avant la fin du premier semestre 2018.