3 OCTOBRE 2013

Jean-François Husson interroge le Gouvernement sur les chiffres du chômage

Lors de la séance de questions d'actualité au gouvernement, Jean-François Husson a interpellé le ministre du travail Monsieur Michel Sapin sur les chiffres du chômage.

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M. le président. La parole est à M. Jean-François Husson. (Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

M. Jean-François Husson. Ma question s’adresse à M. Sapin.

« Après le bug, la fiabilité des chiffres en question » : ainsi titrait, il y a quelques jours, un grand quotidien régional.

En effet, après avoir annoncé une baisse de près de 50 000 du nombre de chômeurs au mois d’août, en réfutant, selon votre expression, toute « aberration statistique » (M. Alain Gournac sourit.), vous avez été contraint de reconnaître une erreur et d’admettre que cette baisse était en réalité de 25 000.

Tout obnubilé par la promesse présidentielle de voir la courbe du chômage s’inverser avant la fin de l’année 2013, vous donnez l’impression d’être paralysé pour agir ! (M. Jean-Jacques Mirassou s’exclame.)

Vos ondes de conviction auraient-elles perturbé le réseau SFR ? (Rires sur les travées de l'UMP.)

Un sénateur du groupe socialiste. Oh !

M. Jean-François Husson. J’ai bien conscience que le sujet est trop grave pour être traité par la dérision (Exclamations sur les travées du groupe socialiste.) ; il est trop grave aussi pour que l’on accepte l’impression que la réalité est voilée, et que l’on souscrive à l’idée d’une quelconque manipulation.

Dès lors, qui doit-on croire,…

Mme Gisèle Printz. Pas vous !

M. Jean-François Husson. … et que doit-on croire ?

De fait, depuis l’entrée en fonction du Gouvernement, le chômage n’a cessé d’augmenter, au rythme de près de 30 000 chômeurs supplémentaires chaque mois. Par ailleurs, vous savez comme moi que, selon l’UNEDIC, le chômage continuera d’augmenter en 2014.

Dans ce contexte, où le combat pour l’emploi doit être notre première priorité, nous ne voyons ni cap, ni stratégie, ni cohérence d’action. Quant aux Français, ils sont inquiets et ils doutent.

M. Charles Revet. Ils ont raison !

M. Jean-François Husson. Ils doutent, monsieur le ministre, parce qu’ils sentent chez vous comme un aveu d’impuissance lorsque vous attendez la fin de l’année 2013 pour voir un hypothétique retournement de tendance dans la courbe du chômage.

Ils doutent que vous mettiez en place, dans le secteur productif et avec les entreprises de toutes tailles, les conditions et les dispositifs permettant d’endiguer la montée du chômage.

Ils doutent encore quand ils constatent que vous avez une nouvelle fois, et aveuglément, privilégié de multiples hausses de taxes et d’impôts pour les particuliers comme pour les entreprises (M. Charles Revet opine.), dont la capacité à embaucher est ainsi entravée.

Ballotés de bugs en couac, qui créent doute et angoisse pour l’avenir, nos concitoyens ont plus que jamais besoin de l’affirmation claire d’un cap pour l’emploi, afin de retrouver espoir et confiance !

Monsieur le ministre, pouvez-vous essayer de nous expliquer – sans invoquer la gestion d’hier, comme vous le faites si souvent –…

M. Jean-Jacques Mirassou. Ça vous gêne !

M. Christian Cambon. Cela, en effet, il sait faire !

M. Jean-François Husson. … quelle est aujourd’hui la stratégie du Gouvernement pour combattre le chômage…

MM. Charles Revet et Alain Gournac. Il n’y en a pas !

M. Jean-François Husson. … et quelles sont les mesures mises en œuvre pour favoriser le maintien dans l’emploi et la création d’emplois, notamment dans le secteur productif, où les emplois ne sont pas financés par la dette, contrairement aux emplois aidés ? (Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

M. le président. La parole est à M. le ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social.

M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social. Monsieur, je vous appelle M. le sénateur !

S’agissant d’un sujet aussi sérieux que celui-ci, je pense qu’il vaudrait mieux éviter les effets de caricature et les polémiques inutiles, d’autant que, exception faite du mois d’août dernier – j’y reviendrai –, le chômage augmente chaque mois depuis cinq ans.

Dans ces conditions, on peut comprendre que, face à ce chômage qui frappe chaque mois plus durement, les Français soient incrédules et peinent à faire confiance aux politiques menées par les uns et par les autres.

Pourtant, monsieur le sénateur, la confiance revient !

Avant de vous en donner la raison, je veux vous répondre à propos de ce que vous avez appelé le bug de SFR.

Permettez-moi de vous faire un aveu : c’est le genre d’incidents dont un ministre du travail se passerait volontiers. (Murmures sur les travées de l’UMP.)

M. François Grosdidier. Là, vous êtes crédible !

Mme Catherine Procaccia. Là, vous êtes sincère !

M. Michel Sapin, ministre. Seulement, mesdames, messieurs les sénateurs de l’opposition, figurez-vous qu’en faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que, malheureusement, de tels incidents se sont déjà produits sous d’autres ministres du travail. Ce n’était donc pas la première fois, mais je souhaite que ce soit la dernière !

En effet, sur un sujet aussi sensible, et s’agissant de données aussi nécessaires au jugement objectif de l’opposition comme de la majorité, et surtout des Français, je ne veux pas que les chiffres soient discutables et soupçonnables,…

Mme Isabelle Debré. En effet, cela fait désordre !

M. Michel Sapin, ministre. … comme ils ont pu l’être par le passé ou comme, et j’en ai fait la remarque immédiatement, ils ont pu l’être au mois d’août. J’ai demandé la clarté et je l’ai obtenue ; les responsabilités sont établies et la correction a été faite.

Or, cette correction, que fait-elle apparaître ? Qu’au mois d’août, pour la première fois depuis vingt-sept mois, le nombre de chômeurs a baissé. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste. – Mme Corinne Bouchoux et M. Jean-Vincent Placé applaudissent également.) Monsieur Husson, c’est par cela que vous auriez dû commencer ! Vous auriez dû dire aussi que, pour le quatrième mois consécutif, le nombre des chômeurs de moins de 25 ans a diminué. Quatre mois consécutifs, cela fait une tendance, une courbe, et elles sont les fruits de la cohérence de notre politique ! (Marques de dénégation sur plusieurs travées de l'UMP.)

Oui, parce que nous avons redonné du muscle à l’économie française…

MM. Alain Gournac et Christian Cambon. En multipliant les impôts !

M. Michel Sapin, ministre. … et mobilisé les politiques de l’emploi de manière intelligente,…

M. Alain Gournac. Mais non !

M. Michel Sapin, ministre. … le chômage recule !

Sans doute, un mois ne fait pas une inversion de la courbe ; mais cette bataille, nous la gagnerons. Mesdames, messieurs les sénateurs de l’opposition, à la fin de cette année, l’inversion de la courbe du chômage sera une réalité, et j’espère que vous vous en réjouirez ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste. – Mme Corinne Bouchoux et M. Jean-Vincent Placé applaudissent également.)

JoomShaper